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Marie-Antoinette et la mode
Dès son arrivée en France, Marie-Antoinette est contrainte de remplacer sa tenue antrichienne par des vêtements français. La jeune dauphine se passionne alors pour la mode. Elle devient déjà un "modèle" pour les toilettes et la coiffures, Sa mère lui a d'ailleurs conseillé de "donner le ton" : elle s'y applique en lançant les modes.
Melle Bertin

Elle fait appel à une marchande de mode, Melle Rose Bertin qui devient en 1774 sa modiste attitrée, alors qu'elle vient à peine de devenir reine. Originaire d'Abbeville en Picardie, douée dans ce que l'on peut appeler le "stylisme", Rose Bertin, de son vrai nom Marie-Jeanne Bertin, s'installe à l'âge de 16ans à Paris où elle travaille chez une modiste. Petite ouvrière ambitieuse, elle rencontre lors d'une livraison la duchesse de Conti qui lui commande quelques pièces. Très satisfaite, elle n'hésite pas à la recommander pour le mariage de Melle de Penthièvre avec les duc de Chartres. Ayant acquis une certaine renommée,elle put ouvrir son propre magasin rue Saint-Honoré appelé Le Grand Mongol et recruter jusqu'à 36 ouvrières. Melle Bertin s'occupa sans mal de Mme de Lamballe et parvint alors à atteindre Marie-Antoinette. Son originalité lui valut reconnaissance : non seulement elle fournissait robes et manteaux mais également tous les accessoires qui allaient avec, ce qui lui a permi d'accéder à la Reine. Celle-ci tombe sous son charme et la modiste vient de plus en plus souvent à Versailles dans les cabinets intimes de sa royale "cliente", tout en continuant à diriger sa boutique ; ce qui suscite un scandale à la cour. En effet, il est inconcevable que la Reine partage sa couturière avec les coquettes parisiennes. Rose Bertin exploite son triomphe et n'hésite pas se montrer hautaine avec ses autres clients qu'elle fait patienter. Elle se justifie alors en disant : "je viens de travailler aves sa Majesté".
Une garde-robe (trop?) complète
Melle Bertin se rend à Versailles le matin deux fois par semaine avec des nouveaux dessins dans le cabinet de la Méridienne. A son arrivée, la Reine abandonne toutes ses dames d'honneur pour ses entretiens privés avec son "ministre de la mode". Celle-ci lui présente alors ses nouvelles idées, ses esquisses, ses accessoires, ses tissus... Ce tourbillon de tentations gagne bientôt Marie-Antoinette qui achète alors un nombre inouï de robes, à tel point que certaines à peine portées étaient déjà rangées. Elle en possède une infinité : pour l'hiver, douze grands habits parsemés de pierreries dans certines cas, douze petites robes de fantaisie, douze robes riches sur paniers ; pour l'été, de même ; cent autres pour le printemps et l'automne. Les robes sont variées : costumes, grands habites, polonaises, robes anglaises, redingotes, lévites... En plus de cela, elle arbore nombre de peignoirs, corsages, châles de dentelle, fichus, bonnets, ceintures, gants, bas, dessous, toques, chapeaux, sacs, mouchoirs, collets et noeuds de ruban... La comtesse d'Ossun tente de freiner les dépenses exacerbantes qui nuisent à la réputation de la Reine : par exemple, la robe de l'an 1782 aurait coûté 6000 livres (environ 48OOO euros); de même, en 1784, les dépenses s'élèvent à 100 651 livres dont 43 857 pour les étoffes qui sont variées : soie, satins, taffetas, gazes, perses, toiles de Jouy (toile de coton), mousselines, percales et basins.

exemples de robes portées par Marie-Antoinette (extrait de la Gazette galerie des modes)
Elle avait tant d'agréments pour sa toilette, que, chaque matin, le valet de la garde-robe et la première femme de chambre présentent à la Reine la Gazette de la garde-robe de la Reine où des bouts de tissus de chaque robe sont collés. Elle piquait une épingle sur l'échantillon de la robe choisie et on lui apportait les toilettes correspondantes appelées "prêt du jour".
L'influence royale de la mode
"La Reine, jusqu'à ce moment, n'avait développé qu'un goût fort simple pour sa toilette ; elle commença à en faire une occupation principale ; elle fut naturellement imitée par toutes les femmes" (Madame Campan). Les robes défilent dans les cabinets de Marie-Antoinette, parfois très ressemblantes les unes aux autres, parfois originales et . Les dames de la cour, dont le rôle a toujours été de paraître, doivent s'attacher au plus près du style de la Reine, ce qui n'est pas toujours facile et souvent onéreux : toutes voulaient les mêmes parures, les mêmes toilettes, les mêmes accessoires que la Reine et les dépenses des ménages s'en ressentaient, parfois même jusqu'à l'endettement. D'ailleurs, d'après l'abbé Véri, une dame de haute naissance aurait répondu à Marie-Antoinette qui la plaisantait sur sa parcimonie : "Madame, il ne suffit pas que nous payions nos robes, il nous faut encore payer les vôtres".
Marie-Antoinette lance la mode et des couleurs nouvelles. Le comte Bachaumont raconte qu'à l'automne 1775, la Reine porte une robe de teinte brune. Le Roi appelle cette nuance "couleur de puce". Aussitôt, tous les teinturiers donnèrent cette teinte aux vêtements de leurs clients en distinguant la couleur "jeune" et "vieille puce" et même "dos, ventre, tête de puce". De même, un jour où La Reine portant une robe beige, le comte de Provence la qualifia de "couleur des cheveux de la Reine". On peut aussi citer le satin "soupir étouffé", les souliers en "coups perfides", etc...
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